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Atelier de recherche "Production, conservation, subversion de l'ordre hiérarchique et du commandement"

Le 9 octobre 2020
De 09h30 à 16h45
MISHA

Présentation :

Cet atelier, organisé par l’Axe 5 du laboratoire SAGE dans une perspective résolument transversale aux différents axes, vise à rassembler les membres du laboratoire, des étudiants avancés dans leurs parcours de recherche ainsi que des collègues d’autres unités et composantes autour d’une thématique trop souvent abandonnée aux sciences de gestion : le commandement et l’incarnation de la posture de « chef ». Par le biais de la question du commandement, considéré comme un type de relation et un ensemble de pratiques, on se propose d’interroger les conditions historiques et sociales par lesquelles les hiérarchies s’incarnent et sont utilisées pour faire agir autrui. Revenant ici sur une thématique classique de la sociologie des organisations et de sociologie du travail, mais aussi des sciences de gestion, on abordera la question sous différents angles : (1) les transferts de techniques et de dispositifs de commandement entre différents univers sociaux plus ou moins formellement organisés, (2) les processus de socialisation et les apprentissages des rôles de « chef », ainsi que leur incarnation par les agents, et (3) les résistances, détournements, contournements et réinventions de ces postures dans des mondes sociaux se revendiquant d’une organisation horizontale, voire démocratique. À travers la comparaison des terrains l’on souhaite : d'une part explorer les modalités concrètes par lesquelles les individus sont socialisés aux hiérarchies sociales/scolaires/professionnelles et d'autre part, explorer les façons dont ces hiérarchies s’expriment, sont reconnues et reconduites, s'entérinent et s'institutionnalisent ou sont, au contraire, contestées et remises en question dans différents univers sociaux, au prisme des formes de commandement. Comment se construit le commandement ? Quelles qualités sont réappropriées, manipulées ? Par quel processus, actions, selon quelles modalités, au terme de quels apprentissages ?


Fabrication et socialisation à la posture de commandement : Théories, manuels et apprentissages.

Salle Antarctique (239) 9h30-12h

Marianne Blanchard (Université Toulouse 2 – CERTOP) – « Apprendre à diriger : Retour historique sur le travail de la personnalité et l’inculcation de savoirs-être dans les écoles de commerce ».

Résumé : Cherchant à s’affirmer dans le champ des grandes écoles et de la formation des élites dirigeantes, dans les années 1960 les responsables des écoles de commerce entament une profonde réforme des programmes d’enseignement et de la pédagogie. En effet, s’impose alors l’idée qu’afin de « former des dirigeants », et de les préparer à leurs futures responsabilités (« commandement », « prise de décision », « adaptation au changement »), il s’agirait de transmettre des manières d’être et de penser, plus que des connaissances. Dans cette perspective, les nouveaux programmes visent à « déscolariser » la formation, d’une part en déconstruisant – partiellement – les découpages disciplinaires, d’autre part en introduisant de nouvelles méthodes d’enseignement, comme la méthode des cas. Initialement développée à la Harvard Business School, cette méthode est présentée comme un moyen d’apprendre à agir.

Cette communication interroge plus largement la façon dont des savoirs et/ou savoir-faire ont été construits comme nécessaires aux élites économiques et mobilisés pour légitimer leurs positions.

Claude Weber (Ecoles Militaires de Saint-Cyr Coëtquidan – CREC / Université de Rennes 2 – LIRIS) – « La formation au commandement des officiers de l'armée de terre, à St-Cyr ».

Résumé : La communication s'attachera à présenter les logiques et modalités de formation au commandement au sein des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, la maison mère des officiers de l'armée de terre encore appelée "La grande école du commandement". 90 % des généraux actuels soit les plus hautes autorités militaires de la composante terrienne du Ministère des Armées en sont issues. Plus précisément, il s'agira de présenter ce qui caractérise la formation initiale de trois ans des futurs chefs militaires en termes de commandement, c'est-à-dire les fondements jugés nécessaires par l'institution en vue de devenir un officier des armes et de commander des hommes en opération et au combat. Pour ce faire, il s'agira d'appréhender les trois piliers de la formation permettant de délivrer un diplôme de Master propre à Saint-Cyr : un enseignement académique, un enseignement militaire et une formation ‘humaine’. Après avoir présenté la doctrine du commandement au sein de l'armée de terre, l’on analysera le contenu théorique et académique dispensé ainsi que les instructions proprement militaires (exercices, mises en situation, etc.). Plus largement, l’on reviendra sur la socialisation des élèves pendant leurs trois années de formation sur le plan de la théorie et du commandement.  

Le genre du commandement.

13h-14h45. Salle Amériques

Isabel Boni-Le Goff (Université Paris 8 – CRESSPA) – « Produire et incarner lautorité managériale : une entreprise si masculine. » 

Résumé : Comment les techniques de gouvernement mises en jeu dans le travail des managers et les dimensions relationnelles, corporelles et émotionnelles, peu visibles de ce travail, sont-elles structurées par le système de genre ? Comment, en dépit de la féminisation de l’espace professionnel de la gestion, la division sexuelle du travail managerial se maintient-elle ? Et avec quelles conséquences quant aux hiérarchies pratiques et symboliques sexuées dans l’exercice de l’autorité. ? En revisitant et croisant les recherches articulant études de genre et sociologie des organisations et les résultats d’une recherche sur le conseil en management, cette présentation explore comment le travail des managers repose sur des performances de masculinité, et contribue à faire circuler et reproduire des normes et frontières à l’intersection de plusieurs rapports sociaux : rapports de genre, de classe et de « race » / « ethnicité ».  Dans une première partie, on montrera la place et le statut paradoxal qu’occupent des activités relationnelles et dramaturgiques dans le travail de management. Puis on développera les façons dont ces activités mettent en jeu les normes de la masculinité hégémonique, et procurent un ensemble de ressources symboliques participant au soutien du travail quotidien.

Julie Sedel (Université de Strasbourg – SAGE) – « Le genre des états-majors des médias d’information nationaux français »

Résumé : Cette communication analyse le travail d’ajustement aux règles informelles qui organisent les états-majors des médias. Elle s’intéresse au type de ressources que les femmes dirigeantes de médias détiennent et font valoir pour composer avec l’institution. La direction de média repose sur des codes et des croyances qui confèrent à l’impétrant(e) un crédit automatique, institué. Aussi, l’étude des femmes placées aux postes de direction met-elle en relief les règles invisibles qui organisent l’accès et le maintien à la direction de médias. Après avoir indiqué la façon dont les normes masculines surdéterminent les contours du poste, l’on expose les formes de la division sexuelle du travail révélées pas la place des femmes dans les états-majors des médias nationaux. Ces impositions de normes masculines s’exercent particulièrement à travers l’organisation du temps et les formes de commandement. Occuper une position dans un secteur où les normes organisationnelles et professionnelles dominantes sont « masculines » et la conserver, nécessite, in fine, de fabriquer sa place.

Hiérarchie et commandement au quotidien.

15h-16h45, salle Amériques

Mathias Thura (Université de Strasbourg – SAGE) – « Hiérarchie, commandement et discipline au quotidien. L'obéissance en régiment comme relations de travail ».

Résumé : Faire obéir ne va pas de soi, même au sein d'une troupe de combat. Souvent considérées comme l'un des prototypes de l'institution totale, les armées sont réputées être des univers fondés sur un ordre hiérarchique vertical implacable et une obéissance docile et servile des soldats. Or, l'observation des interactions entre soldats et des relations de travail quotidiennes au sein d'une section révèle au contraire les contraintes, les interdépendances et les résistances en jeux dans la conduite ordinaire du commandement et dans la production de la discipline des soldats professionnels. La discipline militaire, loin de s'imposer de façon descendante, apparait-elle aussi comme le produit d'un ordre négocié au sein des enceintes régimentaires. Afin de "démilitariser" la question, on proposera donc ici de réinscrire et de relire le commandement et la discipline dans la division du travail et dans les relations sociales qui unissent et opposent les soldats professionnels appartenant à une même unité.

Fabien Brugière (Université de Strasbourg – SAGE) – « Le commandement par l'algorithme : contrôle numérique, dépendance économique et résistances des chauffeurs des plateformes ».

Résumé :  Les plateformes numériques ont conquis le marché des transports en se spécialisant dans l’intermédiation entre offre et demande de services. Ces firmes ont ainsi élaboré un modèle organisationnel hybride, entre organisation et marché, qui leur permet de capter la valeur ajoutée et de minimiser leurs risques productifs, tout en se présentant sous la forme horizontale d’un réseau d’échanges niant hiérarchie et commandement. Le recours à une main d’œuvre indépendante, légitimé par un discours de l’entrepreneuriat et de la flexibilité, définit une relation d’emploi de nature marchande dont l’asymétrie constitue un puissant levier de mobilisation au travail. Par ailleurs, le dispositif de l’application mobile dote les plateformes d’un pouvoir d’organisation fondé sur la surveillance, l’évaluation et la gamification. Ces modalités de commandement suscitent chez les travailleurs des résistances qui prennent la forme de fraudes, de transgressions et la fidélisation d’une clientèle personnelle.